Tentative avortée d’un coup d’État en Turquie (?)

Les Kurdes de Turquie ont-ils raté la « nuit de l’autonomie » ?

Exactement la question qu’on aurait été en droit de se poser après ce coup d’éclat entre Istanbul et Ankara décrit comme un putsch par les uns tandis que d’autres évoquaient un « coup d’État », voire même chez certains « un coup de l’État » alors que les déclarations émises par le groupe armé de l’armée, passé à l’action dans cette nuit du vendredi 15 au samedi 16 juillet, n’auront cependant jamais rien à voir avec les descriptions engagées par les médias européens puisque eux, de leur côté, en appelèrent à destituer Erdogan devenu trop autoritaire après avoir envoyé des corps d’armée dans des missions limite suicidaires et peu justifiées autour de la frontière syrienne et dans les régions Kurdes. Eux, – contrairement aux militaires de l’AKP aux ordres d’Erdogan dont le Chef de l’état-major, à cet instant, constituait un otage de marque – évoquaient le retour à un ordre démocratique et appelaient au respect des Droits de l’Homme, le temps d’une déclaration télévisée à partir d’une grande chaine nationale dont ils s’étaient emparés pendant la nuit. Ces revendications, ainsi formulées, n’ont effectivement rien à voir avec ce qu’on connaît de l’histoire dans les messages de putschistes à coups d’État si on regarde du côté de l’Amérique du Sud mais un bémol certain serait à ajouter sous le soleil chinois et les révolutions soviétiques staliniennes ou léninistes. Quand le nombre n’y est pas les masses font défaut…

Sept heures de flottement autour desquelles se multiplièrent les prises de position condamnant ce qui aurait pu devenir une révolution armée mais qui ne fut pris que pour un putsch nationaliste avec peut-être en toile de fond, comme en Irak et en Syrie, des incursions de daesh au sein de ce groupe activiste de l’armée nationale…

Un piège ?

Assurément qu’en appelant son peuple à descendre dans les rues pour empêcher le coup d’État, Erdogan savait pertinemment qu’en occupant la rue, il pouvait créer un bouclier humain avec ses fidèles de l’AKP mais aussi une partie du CHP pour lui donner la possibilité de scénariser un retour anticipé sur ses vacances à Bodrum afin d’assurer au Monde que la véritable démocratie de son peuple, c’est lui ! Théâtral diront certains ?… Situation indécise pour les autres ; toujours est-il qu’entre temps, les rumeurs les plus folles, auront remué les quatre coins de l’Europe… D’abord considéré en fuite, dans un premier temps, Erdogan aurait demandé l’asile politique à la Diplomatie allemande qui lui l’aurait refusée… Se tournant ensuite vers l’Angleterre, la question internationale n’a pu obtenir de réponse, là où il n’y en avait de toutes façons pas à en recevoir puisque Erdogan était supposé se trouver bien au chaud dans sa maison à Istanbul… Entre temps plusieurs arrestations des militaires opposés au régime d’Erdogan, près de 3 000, des tirs dans la foule, 161 morts dont 104 putschistes abattus et plus de 1 000 blessés parmi ceux qui se sont chargés d’arrêter les quelques chars déployés en faisant obstacle avant de s’en emparer…

La raison de ne pas s’y aventurer…

Face a une telle situation, il aurait paru irrésistible que les Régions kurdes enclenchent le pas sur une telle aubaine et embrayent dans la foulée une déclaration immédiate d’autonomie anticipée par les évènements d’une nuit du pouvoir qui ne les concernait de toutes façons pas, d’où la double nécessité de s’en retirer au plus vite dans les plus brefs délais face à l’indécision qu’aurait pu prendre l’issue de la tentative de ce putsch. Les ayant déjà suffisamment écrasé jusque là, il n’aurait alors plus resté à Erdogan qu’à piétiner ce qu’il reste de Kurdes qui auraient osés s’associer à ce genre de revendication contestant le règne d’Erdogan. C’est peut-être ce qu’attendait Recep Tayyip Erdogan fort d’une armée de 700 000 soldats qui occupent la huitième position mondiale au niveau des effectifs pour s’assurer une toute puissance populaire, contestable, mais réaffirmée après plus d’un an d’une guerre interne sur les populations kurdes qui pour ne pas s’être essoufflée, à néanmoins réussi à montrer que si dans l’armée tout le monde ne semble pas d’accord avec le régime autocratique d’Ankara, rythmé par les volontés de l’AKP d’Erdogan ; certainement qu’alors aussi l’autonomie kurde pourra être revendiquée plus fortement pour voir le jour, non pas dans la nuit d’un redressement militaire où rien n’a changé mais autour de résultats électoraux qu’Erdogan n’a toujours pas compris dans leur simple lecture démocratique des derniers résultats aux Législatives jouées deux fois. Et demain que restera-t-il de cette tentative de coup d’État avorté qui dans son principe avait toujours réussi en Turquie puisque personne n’était autant descendu dans les rues jusqu’ici pour les enrayer ?… si ce n’est le renforcement répressif que se donnera le droit d’intensifier Erdogan comme bon lui semble envers ses opposants après ce qui pour un coup d’éclat annoncé, ne résulteront finalement que les copeaux d’un dictateur devenu maître absolu en un tour de main.

Bien sûr que pouvaient paraître séduisantes et alléchantes les revendications et les objectifs de cette fraction de l’armée qui espérait renverser le pouvoir en Turquie aux oreilles externes de l’Anatolie, en Europe ou ailleurs dans le Monde ; noble en était effectivement la présentation pour qui combat la corruption toujours liée à des instances de l’État qu’elle sert ; le pus entraînant restant sans doute cet appel solennel concernant le respect des Droits de l’Homme et le rétablissement d’un code administratif sur une base démocratique mais s’y jeter à corps et à cœur perdus d’avance risquait de plonger l’ensemble de la population turque dans une guerre civile, une nuit sanguinaire. Beaucoup de retenue de la part de l’autre moitié turque qui ne soutien pas autant Erdogan que cette foule acquise, descendue dans les rues d’Ankara et d’Istanbul en réponse aux appels de leur tout puissant Président-autocrate-islamiste moderne dont les cris des minarets n’ont cessé de lancer des prières toute la nuit durant, intensifiant ainsi à leur manière la dérive du fanatisme religieux poussée à son paroxysme politique…

Passé le crépuscule de la prise d’armes des rebelles, jusqu’à l’aube des arrestations groupées ; restera dans les esprits la question majeure de savoir si l’Europe, et surtout les Kurdes, peuvent encore faire confiance à Recep Tayyip Erdogan si tant est qu’un jour ils aient pu lui faire confiance, maintenant que la gangrène démocrate s’est emparée de son armée qui risque de le rendre bien plus dangereux qu’il n’y paraît ? Sous son triomphe politique, l’autre moitié de la Turquie ne risque-t-elle pas de suffoquer ?… Au demeurant, « ni putsch, ni AKP » pourrait rester le message de paix et la possibilité réelle donnée à la Démocratie de voir le jour mais on en est loin et bien qu’Erdogan s’en targue, l’intégralité de la population ne lui sera jamais entièrement acquise et peut-être que dans ses nuits, découvrira-t-il enfin que la règle élémentaire de la démocratie ondule autour d’un cinquantième démocratique définissant par des quotients électoraux la distinction entre la voute d’un flanc majoritaire de celle du versant des piliers minoritaires. Mais comme Erdogan n’a toujours pas reconnu le 1/5 démocratique acquis par le HDP ne risque-t-il pas de s’illusionner d’une majorité superficielle qu’il aurait un petit peu trop tendance à transformer rapidement en majorité totalitaire et dictatoriale ?… L’avenir n’en dira probablement rien tant sont préoccupés d’un côté les médias occidentaux, en se retirant pour mieux faire la sourde oreille, à compter sur lui pour la gestion de la question des migrants ; tandis que la partie étasunienne espère bien poursuivre avec l’appui d’Erdogan dont elle a trop besoin, sa lutte mutuelle contre l’État Islamique au Moyen-Orient.  

TurquieEurop1

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