Scepticisme et diplomatie concernant la question kurde…

Catégories :  #Relations internationales – Diplomatie

« Libérez Öcalan… Nous sommes tous PKK ! »

KurdOCL'

Constatant avec amertume que la grande manifestation des Kurdes du samedi 16 février dernier à Strasbourg fut interprétée comme une « manifestation pro-terroriste » pour satisfaire sans doute une meute de lecteurs apeurés par un blogueur* bien plus mal informé que suffisamment documenté pour traiter de la question, je me dois de réagir face au négationnisme affiché dans cette bafouille qui vise purement et simplement à nier les efforts parlementaires européens visant à parvenir à une solution de paix et de justice politique et sociale au Kurdistan à l’heure où de nouveaux pourparlers s’engagent entre le chef du gouvernement turc Erdogan et le représentant des Kurdes, Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 15 ans sur une île où il est maintenu à l’isolement…

La situation est tendue entre le peuple kurde et et les négociateurs politiques qui ne le représente pas dont il est toujours à redouter de la Turquie qu’elle fasse le maximum pour effectuer le plus de pressions possibles dans des négociations dont elle serait la seule interlocutrice, se substituant aux représentants des associations kurdes et des partis démocratiques légalement reconnus en Turquie comme le BDP (Parti pour la Paix et la Démocratie)… Alors qu’est prévue l’établissement d’une feuille de route pour arriver à une solution pacifiste dans les régions occupées par le peuple Kurde, non pas seulement en Turquie mais aussi en Irak, en Syrie et en Iran, il semblerait qu’une solution unilatérale se dessine au lieu de susciter la création d’une table des négociations bilatérale où les kurdes tiendraient leur place car ce ne sont sûrement pas les mots d’ordre de l’OTAN, de l’Union européenne et de l’ONU derrière lesquelles profite Erdogan pour parvenir une fois de plus à un cessez-le-feu qui parviendront à terrasser les revendications des populations kurdes… Même si les groupes de travail, salués au passage par un Barack Obama qui a balancé un communiqué allant dans le bon sens des souhaits d’Erdogan, se félicitent d’une telle avancée, ce n’est pas sans cacher tout un panel de renoncements auxquels les Kurdes devraient se soumettre. Ne nous y trompons pas mais à chaque processus de cessez-le-feu engagé par les autorités kurdes, les chefs d’État-major de l’armée turque ont toujours refusé ce genre de trêve allant même jusqu’à menacer de combattre jusqu’au dernier des guérilleros positionné dans les montagnes kurdes, marquant ainsi par l’irrespect odieux de leurs menaces, l’obstacle majeur au processus de démocratisation en Turquie relatif à la problématique de la question kurde ! Ce n’est pas l’histoire qui me contredira mais le 17 mars 1993 déjà un premier cessez-le-feu  décrété par le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) est adressé au Président de la République de la Turquie Turgut Özal. S’en suivrons 85 jours d’accalmie avant que les hostilités reprennent… Le 15 décembre 1995 un nouveau cessez-le-feu est proclamé par ce même PKK avec le soutient des autres organisations kurdes qui durera près de deux mois au cours desquels il sera salué par le Parlement européen comme l’émanation d’une réponse à l’appel qu’il avait lancé deux jours plus tôt… Le 1er septembre 1998 un troisième cessez-le-feu est refusé par les gouvernements turcs successifs… Enfin, le 2 août 1999, un quatrième cessez-le-feu répond à l’appel d’Abdullah Öcalan qui ordonne le retrait de la guérilla kurde au Kurdistan de Turquie ce qui devait ouvrir sur la paix pour marquer la volonté des Kurdes en faveur de la fraternité entre les peuples et débouche sur une période de calme relatif puisque la Turquie profite de cette opportunité en l’utilisant pour faire croire à une victoire de son armée qui aurait vaincu la rébellion kurde (! ?)… C’est ainsi que n’a jamais été respectée la volonté des masses favorables à la paix et la démocratie pour la Turquie. Disant non à la démocratisation, l’État turc en profite pour engager une sévère répression sur le mouvement kurde

Au racines de l’autodétermination…
C’est au cœur du proche et du moyen Orient que le peuple kurde, loin du fanatisme religieux et de l’intégrisme politique, cherche sa voie « démocratique et laïque », subissant tour à tour l’impérialisme hégémonique lié à une géopolitique économique des plus rudes tout en traçant une solution naturelle par le développement d’Assemblées populaires participatives dans lesquelles aucune requêtes ne peut être rejetées pour la simple et bonne raison que toutes sont soumises à discussion… Dans une ville comme Diyarbakir, la cité qui compte le plus grand nombre d’associations en Turquie, par exemple, pas un jour ne se passe sans qu’il n’y ait au moins une manifestation, parfois, ce sont trois ou quatre cortèges qui sillonnent la ville certains jours… Ces Assemblées constituantes défendues par les Kurdes font peur au pouvoir turc de part le déterminisme qu’elles engagent devant le refus de la soumission à des décisions qui pourraient échapper à leur volonté… Ainsi les Kurdes se protègent par un système propre à leurs habitudes décisionnelles, le seul qui puisse sauver leur culture et le monde d’un « massacre naturel » que pourrait infliger un système capitaliste devenu trop gourmand à une minorité apparemment facilement exploitable… Par ce biais, il n’est pas étonnant de voir se créer dans une Assemblée autant de requêtes (revendications) que l’on veut et un groupe de travail pour la défense des cerfs-volants y aurait tout à fait sa place. Mais cela va bien plus loin politiquement et en ce qui concerne la question du conflit avec les barrages hydroélectriques de la Turquie il est à noter que de nombreuses associations ses sont crées pour la défense de la nature… C’est qu’ils n’ont pas oubliés la ville de Hasankeyf noyée par la construction d’un barrage turc alors que cette agglomération, vieille de 11000 d’âge, regorgeait de trésors architecturaux et archéologiques inestimables mais rien n’y fit et malgré la forte mobilisation avant qu’elle ne disparaisse, « Hasankeyf yok olmasin », l’État turc ne parvenait pas à ses fins… Autre point d’honneur à mettre à l’actif des populations kurdes toujours aussi combatives lorsqu’il s’agit de démocratie, se trouve en retournant à Diyarbakir où des collectifs permettent de résorber la problématique du nombre de chômeurs qui a atteint une certaine ampleur en organisant un judicieux partage des tâches définissant savamment ceux qui ramassent les bouteilles en plastique et ceux qui ramassent celles en verre ! Tous ces collectifs restent représentatifs de la mentalité organisationnelle du peuple kurde et les Assemblées populaires sont devenues des réalités en Turquie et en Syrie. Elles se sont constituées en mouvements massifs et depuis 2009, malgré les 15000 arrestations, ça ne change rien car il ne faut pas oublier que la lutte des classes permet en général de très rapidement trouver son ennemi…

De son autodétermination existentielle, le peuple kurde agit également politiquement en trouvant toute l’unité dans le PKK né de l’intrusion d’une personne qui voulait vendre le Kurdistan aux États-Unis dans l’espoir d’obtenir ainsi un État nation (il s’agit du frère même d’Öcalan) et à cet effet, il n’est pas étonnant de constater que le BDP n’a pas de lien avec le PKK, qu’il est tout simplement idéologique… En ce qui concerne le PKK, que l’instrumentalisation répressive de l’OTAN et de l’Union européenne cherchent de concert à définir comme une organisation terroriste d’une manière pitoyable, il faut préciser que ce parti des travailleurs kurdes constitue une entité inatteignable qui n’existe pas au bout du compte car il se constitue de tous les mouvements de jeunes, de membres d’associations autant que de guérilléros en Iran ou de partis politiques en Syrie… Toutes les commissions, toutes les associations et les organisations y participent et s’effacent dès lors que la cohésion sociale qu’a su se forger le peuple kurde n’est plus menacée par les convoitises extérieures. C’est dans cet esprit que le BTP (le parti « légal » des Kurdes en Turquie) instaure depuis 2009 – date qui marque la reprise du dialogue dans la prison d’Öcalan en prévision les différentes étapes visant une résolution pacifique de la question kurde par une feuille de route – le système KCK (confédéralisme démocratique) pour mettre en place ce fonctionnement correspondant au mieux aux revendications réalisatrices des Kurdes car pour les Kurdes, le système capitaliste dure depuis des milliers d’années… Depuis la première clôture autour d’un champ qui symbolise déjà l’œuvre d’un capitaliste qui aurait toujours vécu en guerre contre la communauté démocratique… Spartacus faisait partie de cette communauté tout comme les féministes en faisaient partie ; tous voulant une vie meilleure tout comme les capitalistes souhaiteraient une vie meilleure mais pour eux-mêmes seulement… Sous cette vision de l’histoire, on se rend rapidement compte qu’il faudrait mettre en place « un système représentatif et participatif des rêves de tout le monde » qui soit autre que purement bureaucratique et hiérarchique. Dans les années 1990, parmi les populations kurdes, commence à se définir ce genre de système et après 2004, elles commencent à le concrétiser en mettant en place ce qui avait été dit dans les textes et les livres. Paradoxalement ou logiquement, ce sont les guérilléros qui sont les premiers a fonder la résultante de ce projet transformé dès lors en système du plus démocratique et du plus laïque qui puisse être pour préserver la population qu’il représente de toutes agressions environnantes en se distinguant des autres armées susceptibles de leur déclarer la guerre par le rejet formel de la question de la subordination qui imprègne les habituelles armées colonialistes qui vont en guerre mais dont la vocation première n’est pas de défendre un groupement humain ! Au PKK, il n’y a pas de pouvoir ni de subordination ! Si des notions de grades y sont définies, ce n’est pas sans être issues d’une Assemblée qui se réunit en commission pour nommer des dirigeants… Cette théorie n’étant pas directement applicable, elle vaut mieux d’être vécue !… Mais sachez que l’obtention de l’identité kurde passe par ces Assemblées qui procure à chacun et chacune l’affirmation de sa personnalité. Certaines de ces Assemblées ne pouvant s’ouvrir si il n’y a pas au moins la présence de 40% de femmes dans le groupe ! Un bel exemple d’égalité des sexes en somme

Le peuple kurde n’est pas un peuple « à la carte » !
Si l’histoire s’est souvent jouée du peuple kurde en lui demandant de ramener ses cartes d’identité sous prétexte de lui en donner de nouvelles en se gardant bien de les lui rétribuer, ou en condamnant un de ses dirigeants sous prétexte d’avoir sifflé en kurde à la radio ; il a toujours été au centre d’inextricables guerres qui l’ont toujours déchiré entre les quatre frontières arbitraires que sont celles de la Syrie, de la Turquie, de l’Irak et de l’Iran… En Syrie par exemple 2 millions de Kurdes s’y sont mobilisés pour soutenir Bachar el-Assad puis ont été poussé à lui faire la guerre au nom d’un « parti Baas » fondée là-bas sur des bases socialistes et laïques avec l’objectif panarabisme qui ne s’est jamais concrétisé dans les faits… ni au Liban, ni au Yémen, ni en Jordanie et encore moins au Soudan ou en Irak. En Syrie ce parti n’a conservé que le rôle autoritaire de l’État dans une économie dite « socialiste » pour la façade mais n’a finalement pas fait grand chose pour progresser vers l’unité arabe. Dans ce contexte, si le PKK n’a aucune force sur les Assemblées créées dans ces quatre pays frontières, il tiens à affirmer son lien idéologique mais pas organique auprès des Assemblées constituantes et sa forme d’autoritarisme n’est pas autant développée que celui des États-Nations mais garde une capacité d’arbitrage un peu comme en droit international et il est là pour défendre des écoles menacées, des mairies et garantir la justice sociale et la cohésion humaine face à ceux qui les attaqueraient… Il devient alors uniquement une armée lorsqu’il se sent menacé. Parallèlement, l’État n’a plus de raison d’être une fois le village protégé et l’Assemblée constituée puisqu’ils n’ont jamais connus la notion d’État… Ils se réunissent et prennent une décision mais ce n’est pas sans les faire entrer en désaccords avec ceux qui les gouvernent comme en Irak où reprennent les combats armés sous la forme de bombardements turcs dans les régions peuplées par les Kurdes ou en Syrie où les chars de Poutine tentent de sauvegarder le régime tout en cherchant à briser les régions autonomes qui servaient de tremplin à ce peuple qui a toujours survécu par lui-même, renfermé sur lui-même comme sous les critères d’une auto-défense permanente qui le maintenait sur le qui-vive quotidien en ayant très peu de contacts avec les systèmes impérialistes qui lui demandent de se vendre dans le but lucratif de pouvoir exploiter à sa guise les richesses des sous-sols sur les terres où les Kurdes ont construits leur maison, bâtis leur famille et forgés leur droit à disposer d’eux-mêmes…

Aujourd’hui, avec l’explosion de la « zone grise » en Afrique du Nord et la main-mise que tente d’opérer la Turquie sur des régions du proche-Orient pour juguler les formes résultantes d’une idée de révolution née d’un printemps arabe encore ancré dans les mémoires ; il est fort à redouter que les puissances impérialistes des armées les plus puissantes de la planète se joue une fois de plus de la démocratie et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est du moins ce que peut craindre le peuple Kurde derrière les avancées présentées par Erdogan qui chercherait à s’approprier la décision au nom d’un cessez-le-feu avec le PKK tout en profitant de l’aubaine pour faire passer ses idées d’islamisation de la jeunesse turque (il est dorénavant question de rendre le port du voile obligatoire dans les universités turques) croyant que les Kurdes sont un peuple religieux alors qu’ils se définissent eux-mêmes comme étant 100% athées ! ? Qu’est-ce que veut exactement Erdogan depuis 5 mois où il semblerait que ce sont les Turcs qui parlent avec Öcalan en prétendant pouvoir travailler avec le Président des Kurdes emprisonné depuis de trop longues années prétextant qu’il y aurait des choses à faire avec lui ? Cherche-t-il à faire baisser le niveau des revendications des Kurdes laissant planer la menace de massacres qui risquent de perdurer en demandant aux combattants kurdes du PKK de se retirer de régions qu’il ont pourtant déjà délaissées mais dans lesquelles pourtant ils continuent d’être pourchassés ? Cherche-t-il aussi à faire primer ainsi une identité nationale qui ne renverrait pas à la réalité ethnique du terrain pour mieux faire parler la puissance étatique en mettant en avant toute une panoplie de libéraux qui cacherait derrière lui une forte présence nationaliste religieuse islamiste ? Ankara souhaite une décentralisation plus qu’une reconnaissance administrative réelle laissant le pouvoir aux régions pour ne pas aller au bout de la reconnaissance institutionnelle du peuple kurde… Les USA suivis de l’Ue ont également balancé un communiqué souhaitant une feuille de route mais ils sont avec la Turquie et Öcalan reste en prison dans une manière d’aborder les Droits de l’homme derrière des visées claires d’abandon des luttes autour d’une diplomatie dont on voit clairement qu’elle cherche à neutraliser toute forme de revendications puisqu’en Irak les pressions sont plus qu’inconvenantes aux vues du manque de nourriture et de médicaments. Auprès des Kurdes, Erdogan ne cherche qu’à se présenter comme s’adressant à une jeunesse musulmane en se définissant comme un laïc dans le but d’enclencher un processus d’islamisation irréversible d’abord dans les Institutions, ensuite dans l’État tout entier pour finir enfin dans l’armée. Mais les Kurdes ne sont pas dupes et précisent avec philosophie qu’ « on peut voler l’âme de quelqu’un en prétendant le libérer, le montrer pour que tout le monde soit content mais elle aura quand même été volée » !

*link : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/manifestation-pro-terroriste-en-36241

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